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La presse en parle

Le théâtre d'entreprise

 

Guichets Fermés, entreprise spécialisée dans la communication d’entreprise par le théâtre, a doublé son chiffre d’affaires en deux ans.

 
Les comédiens de Guichets Fermés font un carton. La pièce qu’ils ont lancée à l’occasion de la semaine emploi des personnes handicapées, il y a bientôt deux ans, culmine aujourd’hui à 250 représentations. Leur « Petit Fauteuil de Raymond » a beaucoup tourné chez Air France, avant d’être « acheté » par une vingtaine d’entreprise. Une notoriété inattendue pour cette petite entreprise lyonnaise, créée il y a 18 ans. Son directeur, Jean-Louis Rapini, a terminé l’année 2008 avec un chiffre d’affaires de 967 000 euros, presque le double du résultat de 2006. « On fait appel à nous pour agie sur les comportements », observe –t-il. « En fait, les gens ont besoin de rire pour se remettre dans une communauté qu’ils ne comprennent plus, ou dans laquelle, la peur d’être dépassé est très partagée. Nous essayons de raccrocher les wagons ».
Son mode opératoire est constant : « une pièce sur la communication ou sur une fusion, ça n’est jamais consensuel », poursuit-il. « On rencontre toujours les services de l’entreprise avant d’écrire. On fréquente leur cantine, on discute à bâtons rompus ».
L’humoriste a l’esprit de synthèse : il saisit en peu de temps ce que des gens habitués à se fréquenter ne voient pas. « On croque ces situations sans les caricaturer et on soumet notre projet à la direction – uniquement pour corriger un détail par pour censurer le texte ». La filiation du café-théâtre, qu’il revendique – « c’est le pauvre théâtre par le théâtre du pauvre » -, lui sert à exalter le comique de situation et les répliques frappantes.
Exemple : pour la Société Générale, qui a réuni à Lyon ses cadres de la direction régionale au mois de septembre, Guichets Fermés a planché sur la reconnaissance de la diversité. Jacques Chambon, auteur et comédien, a imaginé une agence dans laquelle débarque un gaillard en blouson de cuir et santiags. Les salariés voient en lui le nouveau vigile ; erreur, c’est une recrue pour le front office. Cri du cœur d’un cadre : « alors, sous prétexte d’avoir des clients punk, on met aussi des punks aux guichets ? ».
Dans la même veine, sa pièce sur le handicap commence avec l’émoi d’un directeur d’usine ; le siège lui impose de doubler l’effectif handicapé en un an : « si on se bat contre les Chinois avec des équipes de bras cassés, on a plus qu’à fermer la boutique… ». La suite, chaque fois, est un enchaînement de prises de positions contradictoires.
Jacques Chambon les cisèle souvent en fonction des collègues qui les diront. Une manière d’écrire qu’il tient d’un autre comédien rencontré chez Guichets Fermés, Alexandre Astier, le créateur de la série télé Kaamelott. « Le théâtre d’entreprise n’est pas incompatible avec la scène ou le cinéma », relève Jacques Chambon. La preuve par l’exemple : lui-même a incarné Merlin l’Enchanteur jusque dans les derniers épisodes de la série. Tout en menant de front ses représentations en entreprise.
 
Laurent Poillot
Le Progrès Economie – 6 janvier 2009